Rapport des Experts mandatés par le juge Marc Trévidic- Observations de l’ancien Chef des renseignements militaires le Général-Major Aloys Ntiwiragabo

Kigali – Destruction en vol du Falcon 50 présidentiel – le 06 avril 1994

 1-La crédibilité et l’importance des témoignages
Le rapport des experts du juge Marc Trévidic est fondé sur les témoignages qui ont été recueillis en grande partie par l’auditorat militaire belge et le Comité Mutsinzi. Les Experts les prennent en considération sans les confronter avec d’autres témoignages, notamment ceux qui on été recueillis par des experts indépendants en l’occurrence le Professeur Filip Reintjens.
Je ne fais pas d’objection sur la qualité des témoignages recueillis par l’Auditorat militaire belge parce qu’ils ont été recueillis dans la période proche de l’attentat et je les considère comme libres; mais je contesterai leur interprétation par les Experts. Toutefois puisque les témoins étaient généralement éloignés des lieux de l’attentat, leurs témoignages ne peuvent prévaloir sur ceux de la population alors proche du point d’impact et de l’explosion de l’avion.

Par contre j’estime que les témoignages qui ont été récoltés par le Comité Mutsinzi 14 après l’attentat auprès des témoins suggérés, intéressés, conditionnés ou timorés par les services de sécurité du Front Patriotique Rwandais (FPR) au pouvoir au Rwanda ne devaient pas être pris en considération et surtout y fonder les conclusions. Par ailleurs ils ne peuvent prévaloir sur les témoignages directs et oculaires qui ont été donnés librement et spontanément au chaud et dans la période proche de l’attentat. Il s’agit notamment du témoignage de M. Jean Luc Habyarimana (témoin central), le fils du Président Juvénal Habyarimana qui voyait l’avion depuis l’horizon et a rapporté à sa mère, immédiatement après la chute de l’avion dans leur jardin, la terrible scène qu’il venait de vivre. Il s’agit également des témoignages qui ont été fournis spontanément par la population de Masaka, Rusororo, et centre de Mulindi à mes subordonnés le 7 avril 1994 avant-midi, mais qui ont disparu lors de la destruction des camps des réfugiés Hutu à l’Est du Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) par le FPR en 1996-1997. Je les entérine puisqu’il n’y a pas moyen de retrouver les témoins pour en faire la reconstitution, et que les deux cadres qui les avaient recueillis, mon adjoint le Major Gérard Ntamagezo et l’Adjudant-chef Ephrem Kagango ont été assassinés par le FPR après leur rapatriement en 1997. Il s’agit en outre du témoignage de M. Jacques Gashoke, donné à l’Auditorat militaire belge le 1 janvier 1995 et enregistré au TPIR sous les numéros K0073784 et KL0073788. Ci-après l’extrait du témoignage de M. Gashoke dont les Experts ont omis  l’essentiel:

« Le 6 avril 1994, je me trouvais à Kanombe, en dessous de la maison communale; vers 20.30 j’étais dehors et j’ai vu arriver l’avion du Président. J’ai vu passer un point lumineux qui a frôlé la queue de l’avion. Ce point lumineux a continué son chemin. La couleur de ce point était rougeâtre. Un deuxième point suivait, très proche et celui-là a touché l’avion et j’ai eu l’impression que c’était dans le flanc. L’avion a immédiatement explosé. Il m’a semblé que l’avion était très [sic] de moi quand il a été touché. L’avion avait passé la colline RUNUONZA (Runyonza) lorsqu’il a été touché. La distance entre les deux points lumineux était d’environ 50 mètres. Moi je me trouvais dans l’axe de la piste et pour moi les points lumineux venaient de la direction de la colline de Masaka. »

Tous ces témoignages sont neutres étant donné qu’ils sont faits contre X. Les témoins rapportent et décrivent uniquement le fait constaté et indiquent la ferme située dans la vallée de Masaka comme position de départ des missiles ayant abattu le Falcon 50 présidentiel. Par ailleurs ils étaient proches des lieux (départ des missiles et point d’impact). Les témoins de Rusororo, en haut du robinet au Km 19 sont les mieux indiqués pour avoir constaté le départ des missiles car ils étaient positionnés en face et à hauteur de leur départ, même si c’était en contrebas. Personne ne peut les réfuter, sous prétexte que leur désignation de la vallée (ferme) de Masaka comme lieu de départ des missiles est tendancieuse ou qu’ils ne sont pas capables de situer la position! L’indication de la vallée de Masaka fut renforcée par la découverte, le 25 avril 1994, des 2 lanceurs qui ont été utilisés et cachés dans des buissons dans cette vallée. En effet les tireurs devaient s’en débarrasser rapidement pour disparaître facilement dans la nature.

Les Experts n’ont pas cherché à interroger les habitants de Rusororo (en haut du robinet Km 19) parmi lesquels il y a lieu de retrouver ceux qui avaient donné leurs témoignages auparavant, ceux de Masaka (environnant le centre de santé et l’orphelinat), ceux du centre de Mulindi et de la zone environnant la résidence présidentielle depuis le quartier Kajagali, versant faisant face au pont Mulindi et versant Nyarugunga proche des points désignés par les experts.

 Par ailleurs, les témoignages acoustiques qui semblent être l’élément déterminant de la conclusion des Experts ne peuvent primer sur les témoignages à la fois oculaires et acoustiques de plusieurs personnes qui étaient plus près des lieux de l’attentat. Les témoins retenus par les experts ne pouvaient pas bien distinguer les détonations étant donnés qu’ils étaient à l’intérieur des maisons, que ce soit ceux qui étaient chez Pasuch, que ce soit Grégoire de St Quentin. Ils divergent sur le genre et l’ampleur des détonations ou du bruit qu’ils ont entendu, allant du bruit de départ de missiles légers à celui du fusil d’assaut en passant par la lance-roquette RPG7. Toutefois la plupart des témoins chez Pasuch indiquent que la direction d’origine du bruit ou détonations est Masaka au lieu d’être la vallée de Nyarugunga (dessous cimetière retenu par les experts).
Le point de départ des missiles dans la vallée de Masaka a été retenu pendant plusieurs années sans moindre contradiction. Même le FPR citait la ferme de Masaka dans toutes ses tentatives de diversion, à part qu’il attribuait le forfait aux FAR, jusqu’à l’aveu de Paul Kagame dans son interview avec le journaliste de la BBC Stephen Sackur à Londres le 7 décembre 2006, qu’il a tué Habyarimana parce qu’il le combattait, et qualifiait l’attentat d’acte de guerre comme s’il en revendiquait l’exploit ! Les témoins qui prétendent le contraire ne peuvent pas justifier ce qui les a empêchés de donner leur version aux médias, ni aux services ou autorités rwandaises concernées, à l’instar des anciens témoins qui l’ont fait spontanément. Ce n’est qu’après ledit aveu imprudent et arrogant de Paul Kagame que le FPR a pensé à la thèse de diversion situant le point de départ des missiles du côté du camp militaire de Kanombe, exploitant le fameux écrit du pseudo Thaddée détenu par la journaliste du quotidien belge Le Soir, Colette Braeckman, comme si quelqu’un en a fait la suggestion ou en a révélé l’existence au FPR. Puis le FPR a cherché les Experts britanniques pour faire accréditer sa version.
Les Experts britanniques ont purement et simplement entériné l’angle de 70 degrés estimé par un témoin qui se trouvait à Rutongo, plus de 20 km, et l’ont appliqué à partir du point de chute pour désigner le point de départ des missiles dans le domaine militaire de Kanombe. Or la trajectoire des missiles doit être tracé à partir du point d’impact naturellement différent du point de chute et devant précéder ce dernier. Ils ont commis l’erreur de confondre les deux points alors que l’avion a été emporté et est allé s’écraser à une certaine distance du point d’impact, suite à sa vitesse de propulsion. Apparemment les Experts du juge Trévidic ont corrigé cette erreur tout en ménageant les conclusions des britanniques quant au point de départ des missiles. Ils désignent les points de départ au hasard dans le domaine militaire de Kanombe alors qu’ils ne sont cités par aucun témoin. Ensuite ils s’appuient sur l’appréciation purement théorique de l’expert acousticien appelé à leur rescousse, contredisant, ignorant ou occultant les témoignages, comme s’ils devaient impérativement contredire la version Bruguière.

2-L’analyse des témoignages et les conclusions tirées par les experts

 *Les experts du juge Trévidic ont occulté le témoignage de M. Jean Luc Habyarimana. Or c’est lui qui est le témoin central qui a suivi mieux que quiconque toute la scène. Même s’il ne pouvait pas voir le départ des missiles à partir du sol, sa position lui permettait de voir une grande partie de leur trajectoire. Il a vu l’impact, l’explosion et la chute sans aucun obstacle. Etant proche de l’impact il a pu bien voir la direction d’origine des missiles. Il indique la vallée de Masaka sans ambages ! Il n’a pas vu les missiles venir de son arrière-droite, du sud vers le nord-est, mais de son avant-droite, du sud-est vers le nord-ouest.

*Les experts minimisent et déforment le témoignage de M. Jacques Gashoke, le second témoin oculaire proche du point d’impact. Bien que l’intéressé fût situé en contrebas de la voie menant à la villa communale, aucun obstacle ne pouvait l’empêcher de voir à 262 m au-dessus de lui vers l’est. Il précise que les projectiles venaient de la Vallée de Masaka.

 Par contre le talus et même tout le versant de la colline Kanombe surplombant le centre de Mulindi et la maison communale l’empêchaient de voir les projectiles qui seraient partis des positions désignées par les experts dans le domaine militaire de Kanombe, donc derrière lui.
 Selon les experts : « Tenant compte de la position du témoin, se trouvant sur la droite de l‘axe d’approche de l’avion, les trajectoires des missiles sont très différentes : à gauche de l’avion pour les missiles venant de MASAKA, à droite de l’avion pour les missiles venant de KANOMBE. »
 M. Jacques Gashoke ne dit nulle part qu’il a vu les missiles venir de la droite de l’avion. Quelle que soit sa position, regardant vers l’est, tous les missiles seraient partis de sa droite (avant-droite pour Masaka, et arrière-droite pour Kanombe), et de la gauche de l’avion (arrière-gauche pour Masaka et avant-gauche pour Kanombe).
 Quant à tous les autres témoins oculaires retenus par les Experts se trouvant du côté de Kanombe, ouest des positions de départ des projectiles et du point d’impact, ils peuvent bien s’être trompés dans leur appréciation des distances et des directions des projectiles, car la nuit était obscure et l’événement était subit. En principe de nuit les distances sont sous-estimées (Ref. Cours de tactique militaire, Instruction du combattant, désignation des objectifs de nuit).

En effet les projectiles passant subitement comme une étoile filante pendant la nuit obscure, qu’il soit du sud vers le nord-est pour Kanombe et du sud-est vers le nord-ouest pour Masaka, tous venant donc de la droite vers la gauche par rapport aux témoins, ceux qui étaient éloignés peuvent facilement confondre leur provenance.

 Il faut donc privilégier la version des témoins qui étaient proches, M. Jean Luc Habyarimana et Jacques Gashoke. Au besoin il faudra prendre en considération les témoignages qui avaient été recueillis par mes subordonnés que j’entérine et ceux recueillis par le Prof Filip Reyntjens. Sinon il faudra recueillir les nouveaux témoignages des témoins libres du centre de Mulindi, de la zone environnant la résidence présidentielle depuis le quartier Kajagali jusqu’à Nyarugunga, de Rusororo en haut du robinet Km 19 et de Masaka environnant le centre de santé et l’orphelinat.

*Les experts fondent leurs conclusions sur les témoignages acoustiques interprétées par l’expert acousticien et occultent les précisions données par les mêmes témoins quant à l’origine des détonations ou du bruit qu’ils ont entendu. En effet 3 des témoins de chez Pasuch disent que le bruit venait de la vallée de Masaka ou de la direction d’où les avions atterrissaient, donc de l’est et non du sud par rapport à eux.

Audition de Mme DELNEUVILLE Brigitte, épouse PASUCH, en date du 20 novembre 2011

 Cote D7987

« Le bruit semblait provenir de la vallée, du fond du jardin vers l’entrée de la maison, il s’agit de la même direction d’où atterrissaient les avions quand ils passaient au-dessus de leur maison. »

Audition de M. Massimo PASUCH, en date du 21 octobre 2011

Cote D7983-2/3/4/5/6/7/8/9/10/11/12/13

« M. PASUCH ne peut localiser la direction du bruit du souffle, mais selon lui il provenait du fond du jardin, vallée NYABARONGO, direction MASAKA. C’est ce qu’il indique sur son croquis en hachuré comme étant la zone probable.

 Audition de M. Ghislain DAUBRESSE, en date du 26 octobre 2011
Cote D7968-2/3/4/5/6/7/8/9/10
« Les traînées allaient de droite à gauche avec un angle d’ascension de 60 degrés environ, sachant que le deuxième tir lui semblait plus vertical que le premier. Elles venaient de la direction de la colline de MASAKA, soit de la colline elle-même, soit de devant par rapport à son champ de vision. »

*Pour faire croire que les occupants de la maison Pasuch avaient la possibilité de bien entendre le bruit de départ les experts disent que la fenêtre de la maison « était toujours ouverte et équipée de moustiquaire » alors que cette précision ne se trouve dans aucun extrait des témoignages. Tandis que Mme DELNEUVILLE Brigitte Pasuch précise que les fenêtres de la maison étaient fermées. Pourquoi les experts déforment-ils le témoignage ?

 Les experts,  pièce C 19 : « Au moment des faits, M. et Mme PASUCH se trouvaient dans la salle à manger dotée de cette baie, accompagnés de leurs enfants, du Dr DAUBRESSE et de Mme VAN DEENEN. Cette fenêtre était toujours ouverte, étant équipée d’une moustiquaire, tout comme les autres fenêtres de cette maison, »

Mme Delneuville Brigitte Pasuch, Page 32 : « Au moment des faits, les fenêtres de la maison étaient fermées, elle a entendu deux déflagrations puis elle a senti une odeur d’essence ou de kérosène et vu une lueur. »

 Les experts n’étaient pas sur les lieux au moment des faits pour contredire Mme Pasuch qui connaissait sa maison !
 *Par ailleurs les experts occultent les précisions données par les témoins de la maison Pasuch sur la direction de départ des missiles alors qu’ils indiquent la colline ou la vallée de Masaka.

3-Les conclusions techniques ou scientifiques tirées par les experts :

 *Selon les experts :

-« Au moment de l’impact du missile, l’avion était animé d’une vitesse constante, c’est-à-dired’un mouvement rectiligne uniforme quasiment horizontal, à 3° près. Sa vitesse était de l’ordre de 120 kts soit 61 m/s ».

- « l’avion a parcouru une distance horizontale de l’ordre de 400 m, avant de s’écraser au sol, éparpillant des débris sur une longueur de 145 mètres et une largeur de 20 m environ. Il a heurté le sol suivant un angle de 31° environ »

 Cette vision des experts considérant la position de l’avion comme horizontale dans tous ses mouvements va influencer leur conclusion sur l’impact et de privilégier la position de tir de Kanombe.

Mon observation :

 *Les experts ne disent pas le sens de l’angle d’impact sur l’aile. Si l’angle est de l’avant vers l’arrière, on pourrait conclure que le missile était tiré de Kanombe. Si l’angle est de l’arrière vers l’avant, le tir serait de Masaka. Puisque le sens de l’angle n’est pas déterminé ou déterminable, c’est la position qui présente le plus de qualités qu’il faut retenir : Masaka.

En effet, d’une manière générale le tir idéal se fait par l’arrière, tandis que le tir de l’avant se fait faute de mieux. Les tireurs devaient prendre la position qui offre le plus de chance de succès et non la position qui les expose à l’échec.

 Par ailleurs l’avion ne devrait pas avoir parcouru une distance horizontale de l’ordre de 400 m dans sa chute, plutôt une distance rectiligne mais oblique. Une chute horizontale n’est pas possible ! Elle ne peut être que verticale ou oblique.

*Les experts ne disent pas clairement comment ils ont trouvé l’angle de percussion au sol de 31°. Ils ne disent pas non plus quel est l’angle de la trajectoire de chute vers le bas alors que celui de 14° est la déviation par rapport à l’axe d’approche d’atterrissage. Serait- ce cet angle de 31° qu’ils ont appliqué et l’ont remonté jusqu’à l’intersection de la diagonale tirée à partir du point de chute avec la trajectoire d’approche pour déterminer le point d’impact ?

Il y a lieu de se demander pourquoi les Experts du juge Trévidic n’ont-ils pas pris en considération l’angle de 20° formé par le cratère, qui avait été relevé par les experts belges avant la dégradation et la transformation des lieux par le Front Patriotique Rwandais. Cet angle n’aurait-il pas été évité parce qu’il portait le point d’impact presqu’en face de Masaka, excluant d’office la possibilité de tir à partir de Kanombe ? En effet si l’angle de chute était plus petit, le point d’impact serait plus éloigné vers Masaka et la distance de chute serait plus longue comme mentionné ci haut.

 4-Commentaires tendancieux des Experts.

*Les experts se sont permis de faire des commentaires qui dévoilent leur penchant alors qu’ils n’ont rien à voir avec la détermination du point d’impact sur la trajectoire d’atterrissage et la position de départ des missiles, comme s’ils voulaient démontrer qu’il n’y avait pas de menace ! En effet ces commentaires ne seraient justifiés que si l’avion était tombé suite aux manœuvres dangereuses d’atterrissage qu’auraient tentées les pilotes. Or l’avion a été abattu et les indices de la menace existaient déjà, tel que la lettre de Jean-Pierre MINABERRY au capitaine Bruno DUCOIN le prouve.

«L’interdiction de survol du CND n’était pas indispensable pour réaliser cet attentat. Le mode opératoire consistant à utiliser ces missiles sol-air au pouvoir offensif élevé et performant sur le plan opérationnel, ne pouvait que conduire à la réussite de cette opération avec une probabilité élevée.»

 Or le survol du CND a été interdit par le FPR dans le but de canaliser les avions sur la seule piste EST, privant ainsi l’avion présidentiel de la possibilité d’utiliser par surprise la piste de son choix. Par ailleurs l’approche de l’aéroport de Kanombe par l’Est offre un champ d’observation et de tir sol-air plus étendu.

Au sujet de la lettre de Jean-Pierre MINABERRY au capitaine Bruno DUCOIN les experts concluent :

« Cette transcription confirme que les pilotes n’ont pas choisi un des types d’approche envisagés pour faire face à une éventuelle menace, mais qu’il a effectué une approche directe, « normale » par rapport à sa provenance.

 La présence d’un C130 des Nations Unies dans la zone de l’aérodrome de Kigali a pu également les inciter à effectuer cette approche directe pour éviter tout risque de collision, le contrôle de Kigali n’ayant pas la capacité d’assurer les espacements entre les avions par manque de radar.»
 Or les pilotes ont plutôt effectué une approche « normale » parce qu’ils n’avaient pas encore essayé la manœuvre « d’arrivée haute altitude ». Ils n’avaient essayé que « l’arrivée basse altitude » de jour, longeant la rivière Nyabarongo depuis le Mayaga et derrière le mont Rebero et le mont Nyanza pour déboucher au dessus de la vallée Nyarugunga samedi le 2 avril 1994. Cette manœuvre essayée n’était pas possible la nuit puisqu’elle est effectivement à risque à cause du relief entourant l’aéroport de Kanombe.
 La présence du C130 belge et non des Nations Unies dans la zone de l’aéroport de Kigali n’avait pas du tout à inciter les pilotes de l’avion présidentiel à éviter ladite manœuvre. Selon le Sous-lieutenant Mboneko qui commandait le détachement de la Garde présidentielle envoyé à l’aéroport de Kanombe pour accueillir le Chef de l’Etat ce soir du 06 avril 1994, le C130 belge s’est annoncé après l’attentat. Les pilotes du Falcon 50 présidentiel ne savaient certainement pas que cet avion était dans les environs. Il n’apparaît pas dans l’enregistrement qu’ils en ont fait mention et que c’est pour cela qu’ils ont évité ladite manœuvre. Il n’y avait aucun risque de collision entre les deux avions. Donc la tour de contrôle n’avait qu’à guider le seul avion présidentiel avant l’attentat, puisque le C130 s’est annoncé après.

Il faut noter que cet avion s’est présenté à l’improviste puisqu’il n’avait pas préalablement donné son plan de vol alors que les instructions en vigueur dans cette période l’exigeaient, et même l’Etat-major de l’Armée Rwandaise (mon département G2) en recevait la copie.

 Quant à la crainte de la menace, vers la fin de la journée les pilotes avaient exprimé le souhait de ne pas rentrer à Kigali pendant la nuit lorsqu’ils ont constaté que la réunion des chefs d’Etat à Dar-es-Salaam tardait à prendre fin. Le Président Habyarimana a alors exprimé à son homologue tanzanien le souhait de passer la nuit à Dar-es-Salaam et Mwinyi a rejeté la demande sous prétexte que le protocole n’avait pas pris les dispositions pour cette éventualité.

5- Conclusion

 Quel que soit le sentiment avec lequel les experts du juge Trévidic ont désigné les positions de tir de Kanombe et ont privilégié les témoignages recueillis par le Comité Mutsinzin dont la crédibilité est douteuse suite à leur manque de liberté et d’indépendance, le point de départ des missiles n’est pas un élément déterminant de l’enquête, les calculs et procédés utilisés pour déterminer le point d’impact sur la trajectoire n’étant pas absolus. En effet si l’avion avait été abattu loin des installations ou positions des FAR, en dehors de la portée des armes qui y seraient installées et en dehors de tout témoignage oculaire ou acoustique, la recherche du point départ des missiles n’aurait pas lieu. La recherche porterait tout simplement sur le type d’arme utilisée (origine, détention et capacité de manipulation). C’est donc la présence du camp militaire de Kanombe qui favorise la spéculation alors que tous les éléments de l’enquête visent le FPR. Les éléments déterminants sont :
-l’intérêt (à qui profite le crime), les témoignages et les découvertes sur la planification, les ordres, l’exécution, l’origine et la détention des engins utilisés et enfin l’aveu (Paul Kagame à Stephen Sackur).
 Pour le cas qui nous concerne, en plus des témoignages des transfuges du FPR dans le rapport du juge Jean Louis Bruguière la planification inclut des indices alors rassemblés par les renseignements militaires que je dirigeais et les réunions dénoncées par le Partenariat Intwari dans son document « Génocide rwandais- le Peuple crie Justice », le démontage de la boîte noire authentique du Falcon 50 présidentiel en préparation de l’attentat, la recherche de la fausse boîte noire de substitution, son acheminement à Kigali jusqu’au lieu du crash, l’abstention du Général Roméo Dallaire d’informer la partie gouvernementale de son « ramassage » par la MINUAR sur le lieu du crash 4 ou 7 jours après l’occupation des lieux par le FPR, sa manipulation pour tenter d’y enregistrer les données de vol du Falcon 50 présidentiel du 6 avril 1994, ainsi que sa dissimulation dans les locaux des Nations Unies à New York pendant 10 ans « à l’insu des hauts responsables des Nations Unies ». C’est le commanditaire de tout cela qui est le responsable de l’attentat. Or je suppose que le juge dispose de toutes les informations. Sinon il devrait les chercher avant de prononcer sa conclusion et la fin de l’instruction.

Parmi les indices de planification il ya lieu de citer :

*Au mois de janvier 1994, une ougandaise travaillant à l’Ambassade de l’Ouganda à Kigali, très proche du FPR a dévoilé à une jeune fille ayant vécu en Ouganda et qu’elle croyait être également pro-FPR que le FPR a tenté de tuer le Président Habyarimana pendant ses déplacements par route, mais qu’il a échoué à cause des mesures de sécurité prises par la Garde Présidentielle. Elle a ajouté que le Président Habyarimana sera abattu à bord d’un aéronef et que ça passera inaperçu.

 *Au mois de Janvier 1994, dans sa lettre adressée à Kagame et saisie sur un passeur en commune Muhura, préfecture de Byumba, un certain Zubere de Nyamirambo disait qu’il n’était pas facile d’assassiner le Président Habyarimana sauf avec au moins 100 Hommes en tenue civile.

*Le 3 mars 1994 il fut découvert la lettre en Anglais datée à Byumba le 14 janvier 1994 signée Colonel Alexis Kanyarengwe président du Front Patriotique Rwandais, avec l’adresse du siège du FPR, 3 av. de l’Observatoire, Box 8, 1180 Bruxelles Belgique. Elle énonce le plan d’abattre le Président Habyarimana à bord de son aéronef et contient une liste de 210 cadres intellectuels Hutu de catégories différentes à éliminer.

 Les Réunions de planification de l’assassinat sont notamment :
*la réunion du 10 mars 1989, tenue à Kampala, Nakasero State House et présidée par Museveni;

*la réunion du 16 mars 1989, tenue à Kampala, Entebbe State House;

 *la conférence du 09 mai 1989 tenue à Kampala, Nakasero State House, présidée par Museveni en présence de Mwalimu Julius Nyerere, Fred Rwigema, Peter Bayingana, Kiiza Besigye, John Mwesigye, mais aussi  Chief Mashood Abiola de la société nigériane ITT et Tiny Rowlands du groupe LONRHO;
*la réunion spéciale tenue à Mbuja Military Headquarters Barracks en présence de Museveni, Salim Saleh Akandwanaho, Fred Rwigyema, Chris Bunyenyezi, Drago, Karate et Kazini;
*la réunion du 20 avril 1990, tenue à Mbarara, Rwagitura State House, Mbarara; la réunion de debriefing en présence du Président Museveni ;
*la réunion d’échange d’informations tenue à Musasani State House au cours de laquelle un plan d’attentat contre le président Juvénal Habyarimana à Kigali, à l’Hôtel Kiyovu fut approuvé ;
*la réunion du 28 avril 1990 tenue à Manchester au Royaume-Uni ;

*la réunion du 30 avril 1990 tenue à Kampala, International Conference Centre ;

*la réunion de Kampala en présence de la Baronne Linda Chalker, où l’on envisageait un plan d’attentat contre le Président Habyarimana au palais présidentiel de Kigali (Intelligence into Rwandese State House).

* Au cours du troisième trimestre de l’année 1993, le président Yoweri Kaguta Museveni a organisé une réunion de planification au State House d’Entebbe.

* La réunion du 20 décembre 1993 de Westminster au Royaume-Uni qui a pris des résolutions dites «resolutions of Westminster, UK»

 *Trois jours avant le Sommet de Dar es Salaam, une réunion de mise au point quant aux derniers préparatifs de l’assassinat du Président Habyarimana a eu lieu au camp militaire de Mwenge, à quelques kilomètres du centre ville de Dar es Salaam. Au même moment, les éléments du FPR et de la MINUAR chargés d’abattre l’avion présidentiel parachevaient leur entraînement au lance-missile dans le Nord de l’Ouganda, à Naguru .
 Quant au point de départ des missiles « désigné » au camp militaire ou dans le domaine militaire de Kanombe, bien que je n’y croie pas, l’attentat n’étant pas revendiqué ou assumé à l’instar du coup d’état commis contre le Président Melchior Ndadaye par les Forces Armées Burundaises (FAB) le 21 octobre 1993, les FAR n’étaient pas si stupides pour le commettre à partir du domaine militaire de Kanombe avec le risque d’être identifié. A moins que ce soit fait par une 5ème colonne pour favoriser la diversion et attribuer le forfait aux FAR.

Par ailleurs il importe de distinguer le camp militaire proprement dit du domaine militaire. Le point en question est plutôt situé dans le domaine militaire et non au camp militaire. Le domaine militaire de Kanombe n’était pas hermétiquement fermé, ni clôturé ou surveillé en permanence. Il est plutôt vaste et boisé et l’infiltration y est possible et même facile. Le Commando du FPR peut bien s’y être infiltré. La piste qui y mène venant du tournant entre le centre de Mulindi et le Pont de Mulindi citée par le pseudo Thaddée dans le rapport Mutsinzi n’était pas surveillée ni fréquentée de nuit. Le FPR avait certainement fait la reconnaissance de cette piste. Mais dans tous les cas puisque la désignation pure et simple dudit point n’est pas crédible il faut toujours privilégier la vallée de Masaka, faisant valoir les anciens témoignages oculaires, libres et spontanés.

 Il faudra prendre en considération les témoignages qui ont été recueillis par le Professeur Filip Reyntjens.
Il faudra recueillir de nouveaux témoignages auprès des habitants des environs de la résidence présidentielle de Kanombe, centre de Mulindi, Masaka et Rusororo parmi lesquels on pourrait retrouver les anciens témoins.

Il faudra demander à la Belgique de retrouver les membres de l’équipe de patrouille de la MINUAR belge qui se trouvait à Masaka le soir du 6 avril 1994 et qui a quitté après l’attentat, afin d’acter leur version puisqu’ils ont tout vu.

 Il faudra recueillir les témoignages des familles des officiers EX-FAR de Kanombe et des officiers eux-mêmes, notamment ceux qui étaient au Mess des officiers.
 Il faudra recueillir les témoignages des anciens militaires de la Garde présidentielle, qui défendaient la résidence présidentielle de Kanombe. Ces derniers sont des témoins centraux au même titre que M. Jean Luc Habyarimana. Ils avaient certainement les yeux tournés vers l’avion dès son apparition à l’horizon et ils ont suivi toute la terrible scène.
 Toutefois tous les témoins se trouvant au Rwanda devront être entendus en dehors des agents et fonctionnaires de l’Etat (sécurité, police et magistrats). Si le régime rwandais refuse cette possibilité ce sera une preuve qu’il craint la vérité et que les témoignages qui ont été recueillis par le Comité Mutsinzi n’étaient pas libres.
 Enfin il faut prendre en considération l’aveu de Paul Kagame devant le journaliste Stephen Sackur. Après cet aveu, le souci de remplir le dossier répondant à l’objectif du régime rwandais de contrarier le juge Jean Louis Bruguière et les recherches effectuées pour déterminer le point de départ des missiles me paraissent une manœuvre de diversion. Je signale que l’ancien et premier Procureur général du régime rwandais, le Dr. Gerald Gahima, qui n’a pas manqué à mener ses investigations sur l’attentat du 6 avril 1994 en coulisse, puisque Paul Kagame s’y opposait, déclare qu’il est d’accord avec le juge Bruguière.
 C’est donc pour des raisons politiques qu’on désavoue le juge Bruguière alors que son travail a été correct sur le plan judiciaire. S’il a délivré les mandats d’arrêt contre les suspects qu’il n’a pas entendus, même le TPIR a toujours délivré les mandats sans d’abord conduire des commissions rogatoires. Le régime rwandais le fait également. Les mandats d’arrêt du juge Bruguière doivent demeurer intouchables jusqu’au jugement. C’est bel et bien Paul Kagame qui est le responsable de l’attentat du 6 avril 1994. Il l’a avoué bien qu’il le qualifie d’acte de guerre dans le but d’esquiver son aspect terroriste.

Fait le  18 février 2012

 Aloys Ntiwiragabo
Général-Major
 


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